10 mai 2010

Domaine les Terres Promises

Mon premier contact avec les vignes date des séjours fréquents chez un ami de mon grand-père qui détenait à Sanary-sur-Mer quelques hectares de Bandol. Ces souvenirs me poussent à saluer dans ces mêmes contrées le travail d’un vigneron atypique : Jean-Christophe Comor. Après des années d’engagement intellectuel et politique dans les eaux souverainistes, Comor a radicalement changé d’activité et effectué un retour à la terre en acquérant il y a cinq ans 13 hectares de vignes, sur les contreforts du massif de la Sainte-Baume. Ces coteaux varois sont plantés de cépages variés, notamment de grenache, syrah, carignan et cinsault. Jean-Christophe Comor a décidé d’élever ses vignes et son vin en respectant au maximum les éléments naturels : culture biologique, vendanges manuelles, pas d’ajouts de levure et un sulfitage minimum. On pourra aborder ces « Terres promises » par sa cuvée primeur, « A ma guise », un rouge parfait en apéritif ou, comme le suggère le maître des lieux, « en fin de repas, à la place d’une poire ». Un vin de table issu d’un mélange de grenache, cinsault et carignan, tout comme « Les Idées heureuses », une cuvée nommée en référence à un roman de Sébastien Lapaque. Enfin, issu de vignes situées à Bandol, on retrouvera toute la richesse du cépage local dans « L’Amourvèdre », classé en Vin de pays du Mont Caume.

Jacques Cognerais

Domaine les Terres Promises, Chemin de la Persévérance, 83136 La Roquebrussanne.Tél. : 06 81 93 64 11

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12 avril 2010

St Nicolas de Bourgueil

J’aime le vin franc et simple de la fête et du partage, celui que l’on boit sans glougloutages d’experts, sans reniflements analytiques et sans exégèse savante et componctueuse. Le Saint Nicolas de Bourgueil, avec sa fougue ligérienne mêlée de douceur tourangelle, est parfait pour cet office. C’est le vin du coin du comptoir et des palabres infinis, il aime le bruit, les esclandres, les chansons et se désespère au centre d’une table trop bien mise et chichiteuse. Il enflamme les sens sans vider le portefeuille, c’est son élégance à lui.

Xavier Eman

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05 avril 2010

Le vin idéal est souvent affaire de circonstance

C’est un Riesling de supermarché bu au gobelet avec une douzaine d’huîtres, sur une plage de la mer du Nord, avant de demander une jolie blonde en mariage. C’est un Volnay 1er cru 1989, à la robe foncée, aux parfums d’automne, qui, répliquant à un médaillon de biche aux girolles, fait plaisir à maman, inquiète de me voir noircir du papier pour payer mon loyer. Le vin idéal, c’est aussi une bonne surprise, comme les champagnes de Crimée. En Géorgie, c’est un rouge, comme le Saperavi, bu à flanc de montagne, offert par des paysans qui le conservent dans des amphores enfouies sous terre. De retour à Paname, le parfait jus de treille coule de tous les flacons « offerts par le patron » à la suite des conférences de rédaction du Choc du mois. Et certains soirs, après avoir fait feu de tout ce qui se boit, c’est au Godet inconnu que je rends un hommage ému, merveilleux symbole de l’armée des petits, des sans rades, des ballons lampés en deux coups les gros, ceux dont on ne se souvient plus, en s’éveillant, le matin, dans des endroits qu’on ne reconnaît pas. De ces gueules de bois, lorsque la bordée a viré au naufrage, qu’une langue pâteuse nous empêche de maudire la cuite, saint Vincent nous savonne pour mieux nous rappeler, une fois absous les péchés capiteux, que vins de pays ou grands crus – pas trafiqués, si possible – n’atteignent au divin que dégustés sous ses délicats auspices, lorsque le saint Patron de la Dive Bouteille nous donne la grâce de tranquillement faire papillonner la grammaire entre copains.

Patrick Cousteau

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01 avril 2010

Plus que d’éducation, le vin est affaire de civilisation

J’en pris conscience un beau jour, alors que, tout gamin encore, je m’apprêtais à avaler quelque morceau de fromage. D’un geste, mon père interrompit le geste sacrilège : comment ! allais-je me commettre en quelque mouvement digne d’un primitif ! Je vis alors la main de mon père se tendre vers la bouteille de vin. De quel vin ? Qu’importe ! C’était pour moi, depuis toujours, un objet d’importance, précieux, qui trônait à proximité du verre paternel, et sur lequel je jetais, de loin en loin, un regard non d’avidité, mais bien de respect. Ce jour-là, il m’en souvient, la bouteille contenait quelque nectar rubis, dont je vis soudain quelques gouttes emplir mon verre. Point de discours d’ailleurs, mais une simple leçon – et la suite n’a pas besoin d’être racontée, mais continuée. Car le vin est tout à la fois élément de la vie quotidienne et expression du sacré – jusqu’aux abords des mystères divins. De cet aspect, il est plus difficile de parler, et on ne l’approche qu’avec respect. Mais, au quotidien aussi, le vin transcende la grisaille des jours difficiles. C’est Baudelaire, me semble-t-il, qui prêchait en faveur de l’ivresse. Qu’elle fût de poésie, de vertu ou de vin. De ce dernier, on le voit, l’ivresse n’a rien à voir avec l’ivrognerie. Elle oscille, avec difficulté parfois, entre vertu et poésie. Comme au premier jour, elle est un don…

Olivier Figueras

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31 mars 2010

Mon vin rouge préféré est le Saint-Joseph émanant des Côtes du Rhône

Une bouteille, même de date récente, ne peut que faire l'affaire d’un gourmet doublé d’un bon vivant. Le 19 octobre dernier, j'en ai fait l'expérience, dans une brasserie, en compagnie de l'abbé Guillaume de Tanoüarn qui m'a initié à cet excellent cru dont je me souviens encore. Une côte de bœuf saignante et bien grillée sur les côtés l'accompagnait (et non l'inverse pour une fois). Vin légèrement poivré restant longtemps en bouche, ce Saint-Joseph se dégustait savamment, convenant parfaitement à notre palais comme à notre discussion. Il s’agissait d’une invitation involontaire à la messe au centre Saint-Paul puisque ce dernier se trouve rue Saint-Joseph à Paris. Les voies de Dieu sont décidemment impénétrables.

Arnaud Guyot-Jeannin

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16 mars 2010

Le Pessac-Léognan a éclipsé mon cidre d’antan

Normand. Cela aurait pu être le nom de mon père. L’histoire a voulu que ce soit celui de ma mère. Ma chère Normandie. Plus de vingt ans que je ne l’ai pas revue. Et voilà qu’à l’occasion d’un article sur le vin, tous mes souvenirs reviennent. Le pays de la pomme et du cidre. Ah ! le cidre. La boisson qui donne si bonne mine aux gamins habitués au crachin quotidien. La boisson des premières couleurs de l’automne. Les pommiers qu’il faut gauler. Les sacs remplis de pommes appuyés contre les troncs en attendant la venue du pileur. Le marre qui s’entasse. Le tonneau qui se remplit. La mise en bouteilles quelques mois plus tard. Les premiers bouchons qui sautent au plafond. La boisson pétillante qui s’échappe. Ma chère Normandie. Ses vaches. Ses tripes. Sa teurgoule. Et son calvados. Ah ! le calvados. Les souvenirs sont là. Il y a ce vieil instrument qui suscitait ma curiosité d’enfant. Je n’ai rien oublié. Le regard inquiet du paysan qui trafiquait je ne sais quoi au fond de sa grange. Cette drôle d’odeur qui se répandait dans toute la vallée. Je n’ai su que beaucoup plus tard de quoi il s’agissait : un alambic pour fabriquer de la gnole. En toute illégalité. En violation de toutes les lois de la République. Loin du regard des bleus qui l’aurait envoyé devant le juge s’ils l’avaient attrapé. Le temps s’en est allé, me transportant loin de mes herbages et de mes fermes à colombages. Voici d’autres horizons. La vigne a remplacé la pomme. Bordeaux a chassé Saint-Germain-de-Livet. Le Médoc a effacé le pays d’Auge. Le Pessac-Léognan a éclipsé mon cidre d’antan. Autres saveurs. Autres couleurs. Pomme et raisin. Cidre bouché et vin rouge. Tout a changé ? Non. Tout est resté. Le plaisir du palais. Les traditions qui se perpétuent. L’amour du terroir. La défense d’une identité. Viticulteurs du Bordelais, le Normand vous salue bien !

Thierry Normand

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