03 mai 2011
N°42 Editorial
Sarkozy, saison 5 et dernière
La vague Marine a emporté les dernières illusions de la majorité. L’UMP ne ressemble plus qu’à une armée mexicaine en déroute. Fillon va à gauche, Copé à droite, Borloo au centre. On en déduit que le sarkozysme va nulle part. Juppé se tire des balles dans le pied, Villepin leur tire des balles dans le dos. Qui s’en plaindra ? Pas nous, mais quelle chute libre ! En 2007, Sarkozy donnait l’impression de marcher sur l’eau. Aujourd’hui, il se noie dans le pédiluve. Et nulle âme charitable pour le sauver. Il va de débat en débat comme on va de Charybde en Scylla. Quo non descendam ? Jusqu’où ne descendra-t-il pas ? Tous ses copains du CAC40 peuvent se raccrocher à des parachutes dorés, mais pas lui : il coule à pic. On n’attend plus que le bruit du plouf pour publier l’avis de décès et refermer la parenthèse du sarkozysme comme on a refermé avant elle celle du giscardisme.
On n’avait rien vu de tel depuis l’ascension et la chute de Jean-Marie Messier et de Bernard Tapie, dont il est comme une sorte de synthèse politique. The wrong man at the wrong place, comme disent ses amis américains. Depuis le début, c’est un faux en écriture. Guaino peut rédiger tous les discours qu’il veut, c’est BHL qui conduit la politique étrangère et Minc la politique économique. Quant à la politique culturelle, elle se partage à parts égales entre Jacques Séguéla, Doc Gynéco et Enrico Macias. Qui survivrait à un pareil entourage ? C’est De Gaulle qui disait : après moi, ça sera le néant. Nous, on a seulement le Guéant qui récite en se pinçant les lèvres un texte sécuritaire écrit par Pasqua dans les années 80.
Curieux comme la fin du sarkozysme ressemble à la fin du blairisme et du bushisme. C’est le lot des néo-conservateurs américains, fussent-ils à passeport français. On cherchera en vain dans l’histoire une pareille coalition de spin doctors, de French doctors, de Docteurs Folamour, de marchands d’armes, de rois du trading sortis d’un roman de Bret Easton Ellis – cocaïne incluse –, avec pour mentors des trotskistes revenus de tout, sauf du monde des affaires et des études lévinassiennes. A eux tous, ils auront été les fossoyeurs de ce qui subsistait de vieil ordre du monde : droit d’ingérence, bombardements humanitaires, Etats voyous, guerre contre la terreur, quelle avalanche d’oxymores – avec des bombes à fragmentation pour faire passer toutes ces niaiseries. L’empire du bien, tu parles, ces vampires du rien qui ont colonisé la Terre pour y diffuser leur concept terminal d’« Oxident », comme l’orthographie le romancier Albert-Weil dans sa stupéfiante trilogie, L’Altermonde.
Sarko ? Il faut lire Off de Domenach et Szafran (Fayard) pour entrer dans son intimité. Quelle intimité d’ailleurs ? Il n’a jamais rien eu à cacher. La scène ahurissante, en juillet 2006, où, ministre de l’Intérieur, il reçoit les deux journalistes de Marianne dans les jardins de la place Beauvau. Il a un gros coup de mou, Cécilia a fugué pour de bon. Il écoute à moitié nu Radio Nostalgie. La barbe de deux jours, la ceinture qui pendouille, les éternelles Ray-Ban Aviator sur le nez, il leur lance : « Ça ne vous dérange pas si je reste torse nu… Il fait si beau et on est entre potes… » Qu’ajouter à cela ?
Le roi est nu, mais c’est par choix délibéré, car on est loin ici du conte d’Andersen. C’est le stade ultime de la désacralisation du pouvoir. La vraie rupture est là. Des deux dimensions de la politique, la sacrée et la profane, Sarkozy a écarté d’emblée la première. C’est son crime de lèse-majesté. Plus rien en lui ne relève de l’éminence monarchique. Dans Les deux corps du roi, l’historien Ernst Kantorowicz avait montré en quoi le monarque médiéval possédait un double corps : le corps naturel, mortel, et le corps surnaturel, celui qui incarne le principe dynastique et ne meurt pas. Sarkozy a mis fin à tout cela. On attend avec impatience l’année prochaine. On ignore ce que le calendrier Maya lui réservera le 21 décembre 2012, mais on sait déjà quel sort lui feront les électeurs le dimanche 22 avril : ils vont voter sans pitié la mort du bouffon devenu roi le temps d’un mandat.
François Bousquet
10:01 Publié dans le Choc le mensuel | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
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Commentaires
je n'aime pas cet article qui hurle avec les loups. Malgré des erreurs, le bilan du Président n'est pas nul, loin de là. Sans son grand courage nous serions dans l'état de la Grèce.
L'auteur suit les modes. Il ne montre aucune originalité et ne sait rien dire hors le banal. Est-ce bien cette dispersion des egos ? Ces egos qui feront chacun 2 à 5 % ? C'est bien l'image d'une France décadente, vaniteuse et stupide. Vous n'avez pas à vous en réjouir, Monsieur Bousquet.
Écrit par : giraud françois | 05 mai 2011
Répondre à ce commentairetout a fait d'accord avec F Giraud.
si certains point de la politiquye de sarko ont de quoi nous mecontenter, tout n'a pas ete mauvais.
L'entente a droite devrait rester forte
Écrit par : henri heid | 06 mai 2011
Répondre à ce commentaireCerte, tout n'est pas nul, mais tout de même l'illusionniste SAKO nous "trompe" dans l'abîme de la dette, avec ses amis du CAC, et le pauvre français de souche paie les conneries des banquiers...
Écrit par : SUISSE | 06 mai 2011
Répondre à ce commentaireTrès bon éditorial. Du grand art, de la belle plume au vitriol (gentil vitriol, on est loin de Lèon Bloy) mais les mots sont justes, forts et illustrent bien ces 4 années de dérive. C'est bien supérieur à tout ce que ces pseudo journaleux nous écrivent ou racontent tous les jours dans les journaux, télé, radio... Je me suis régalé à sa lecture. Par contre le reste de ce numéro m'a déçu. Très bien sur Marine mais trop peu (alors qu'elle est en couverture). Par contre plein pot pour les gays. Fallait mettre Freddie Mercury en couverture, ça aurait cartonné dans le Marais.
Cordialement
Écrit par : ducegabbana | 06 mai 2011
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