16 février 2011
La France black, blanc peur
Le virus de la peur est un véritable SIDA mental qui tétanise nos contemporains comme nos dirigeants. Ces derniers, incapables d’assumer des fonctions régaliennes qu’ils ont aliénées entre des mains supranationales, donc politiquement (c’est-à-dire, démocratiquement irresponsables), accourent telles des nounous pour donner le sein de leur impuissance publique à des gouvernées complètement amollis par des années de consumérisme hédoniste et d’assistanat généralisé. Les averses de neige sur la France de décembre 2010 ont démontré à l’envi, l’inanité du principe de précaution, autant que l’immaturité d’un peuple qui a la mémoire bien courte et les réflexes anémiés. Le premier a fait la preuve de sa totale inefficacité face à un phénomène climatique, certes intense mais, somme toute, guère surprenant en cette saison.
Malgré l’absence de certitude (raison d’être du précautionneux principe) quant aux prévisions météorologiques, celui-ci s’est confondu avec une frayeur panique qui a amené les pouvoirs publics à mobiliser les blindés ! (étonnamment absents de nos chaudes et exotiques banlieues qui les effraient moins dans la mesure où ils n’y vivent pas). Tandis que le second, le peuple, est amnésique d’un temps pas si lointain où ses aïeux, jetés sur les routes de l’exode, devaient se débrouiller pour survivre et résister à la misère comme à l’occupant. Depuis le scandale du sang contaminé, la prise de risque a cédé le pas à une peur grandissante. Mais cette peur généralisée a été inoculée par ceux-là mêmes qui ont été blanchis par une juridiction d’exception, la Cour d’ajustice de la République. Tenant ainsi dans un insoutenable mépris des centaines de victimes hémo-empoisonnées, l’idée paradoxale s’est peu à peu répandue qu’il y avait lieu de craindre l’impéritie, pour ne pas dire l’incompétence notoire, de ceux qui nous gouvernent tout en leur demandant non pas des comptes mais des compensations, notamment judiciaires. Aujourd’hui, c’est le Médiator qui est en cause, hier c’était l’amiante, avant-hier la vache folle, les OGM et bien d’autres. Le syndrome de Stockholm habite le corps social tout entier qui hait l’oligarchie au pouvoir tout en la suppliant de sécher ses premières larmes, la nuit tombée. Les grandes peurs sanitaires ou agro-industrialo-alimentaires sont, cependant, vite oubliées à l’approche des transhumances hivernales et estivales. Les endorphines du consumérisme de masse conjuguées aux anxiolytiques prescrits par la médecine de ville, sans omettre l’omniprésente TV vomissant sa sous-culture, constituent une trithérapie intellectuellement abêtissante mais tellement jouissive sur le plan physique pour les ventres-citoyens en couches-culottes que nous sommes devenus. La peur est fondamentalement ce que nous sommes et nous avons peur de nous-mêmes. Où est le « N’ayez pas peur ! », proclamé par le Christ, exhortation primordiale enracinée, selon Jean-Paul II, dans la vérité sur la Rédemption « qui imprègne toute l’histoire humaine [et] prépare l’avenir eschatologique de l’homme » ?
Robert Massis
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