24 novembre 2010

N°40 Interdit aux catholiques et aux animaux

La presse qui adopte si volontiers la posture de gardienne de la morale publique prend facilement et sans retenue le ton du procureur dès qu’il s’agit de l’Eglise catholique. De la messe en latin au célibat des prêtres, du préservatif à l’affaire Williamson, du scandale des prêtres pédophiles à l’argent du Vatican, tout est bon pour nourrir un anticatholicisme obsessionnel.

Autrefois, on appelait ça de l’anticléricalisme. On croassait au passage des curés, on bouffait du saucisson le Vendredi saint et on singeait les cornettes des bonnes sœurs. Heureuse époque où l’anticatholicisme était aussi direct que bon vivant, gardant ce zeste de mœurs gauloises si bien notées jadis par feu Jules César. Il était surtout plus conséquent. A la doctrine et aux mœurs de l’ Église, on opposait une autre doctrine et d’autres mœurs. Désormais, on reproche au catholicisme d’être catholique. Il faut dire que faute de prêtres en soutane et de cornettes en deux-chevaux, l’anticléricalisme de papa s’est mué en « cathophobie ».
Le mot est lâché ! La « phobie » est à la mode et il n’est pas sûr que les cathos, une fois encore à la remorque, aient eu raison de forger ce terme pour se défendre. Il sent trop son journaliste, pressé de redonner aux vieilles haines rancies un aspect plus lissé. Du coup, les cathos se communautarisent et prennent leur billet dans la longue file d’attente des groupes discriminés, se transformant en ramasse-miettes de la Halde.
Heureusement que la presse est là ! La presse et le pape ! Un couple magique, né sous Jean-Paul II et qui a fini par divorcer définitivement sous Benoît XVI. Faut dire que bien avant d’être élu pape, l’ex-homme du Saint-Office avait été affublé par les médias du doux nom de « Panzer-Kardinal », terme aussi poétique que la division Das Reich soi-même. Les fiançailles commençaient mal. Le mariage fut pire.
Les premières assiettes volèrent en 2007. Benoît XVI venait de réhabiliter l’ancien Ordo en latin. Pour la majorité des journalistes, qui d’habitude se moque bien de la messe, en latin, en français ou en zoulou, ce geste fleurait bon la haine de la démocratie. Pensez ! Remettre à l’honneur une messe où le prêtre tourne le dos au peuple et parle une langue morte ne pouvait être que le fait d’un maurrassien de vieille souche.


Habeus papam germanicum, horreur et damnation !

De Maurras, on passa au fascisme déclaré quand Benoît XVI annula la sentence d’excommunication des évêques de la Fraternité Saint-Pie X en janvier 2009. Le rapport ? Aucun ! Sauf qu’au même moment, était diffusé un entretien télévisé avec Mgr Williamson, l’un de ces évêques qui minimisait l’usage des chambres à gaz. Ce fut l’hallali ! Le paradoxe de ce qui devint l’affaire Williamson, c’est que celui-ci fut finalement moins attaqué dans les médias que le pape lui-même qui ignorait tout de ces déclarations.
Il faut dire, que de son côté, il n’y mettait pas du sien. Non seulement pape, il était aussi allemand. Ayatollah du néo-libéralisme à la française, Alain Minc ne se priva d’ailleurs pas de lui rappeler son origine nationale quand éclata pendant l’été dernier l’affaire des Roms : « On peut discuter ce que l’on veut sur l’affaire des Roms, mais pas un pape allemand. » Si c’est Minc qui le dit…
Autre envolée de vaisselle précieuse : le 17 mars 2009, le pape prenait l’avion pour Yaoundé. Quelle idée ?! On ne devrait jamais quitter Montauban. A une question d’un journaliste sur le sida, Benoît XVI déclarait qu’il était contre et que le préservatif n’arrangerait rien. Plutôt que de discuter son propos, on l’insulta en meute.
On est ici au cœur du problème. Le petit monde médiatique a retenu une seule chose du catholicisme : le coup de l’autre joue. On peut donc frapper, il n’y aura pas de réplique. Ou quasiment pas et de toute façon insignifiante. Quand dans l’affaire d’une fillette enceinte de jumeaux, l’évêque de Récife (Brésil) rappelle que l’excommunication est automatique – ce qui dans une société non chrétienne est sans répercussion pratique –, les nouveaux croisés de la bien-pensance s’indignent en clamant que l’excommunication touche la fillette elle-même.

Et en plus, l’ Église n’est pas néo-libérale

Quand Benoît XVI décide de régler à l’échelon de l’ Église universelle le scandale des prêtres pédophiles, on lui reproche de le faire trop tard, préférant sans doute qu’il ne fasse rien. Quand en 2006, il offre à Ratisbonne une réflexion sur les rapports de la religion et de la violence, on s’indigne contre le pape, feignant de croire qu’il s’en prend à l’islam en tant que tel.
Il n’y a jusqu’aux histoires d’argent qui alimentent la meute. Ces derniers jours, l’Institut pour les œuvres de religion (IOR), mieux connue comme la « banque » du Vatican, fait à nouveau la « une » de la presse. Blanchiment d’argent, opérations financières suspectes aux yeux de la justice italienne, jettent le discrédit sur l’ Église accusée de prêcher le « Fais ce que je dis et ne dis pas ce que je fais ». L’affaire relance la question de la richesse de l’ Église, richesse toute relative puisqu’il s’agit surtout de bâtiments et d’œuvres d’art, mis le plus souvent à la disposition du public, et qu’il faut entretenir et restaurer. Si l’ Église n’était pas là pour s’en charger, qui le ferait ? Déjà que Sarkozy n’aime pas La Princesse de Clèves…


Doit-on parler de cathophobie ? Peut-être, encore que toutes ces affaires servent surtout de thermomètre. Une Église qui ne dérange pas ne suscite pas ces déchaînements médiatiques. Elle devrait s’en réjouir plutôt que de laisser certains catholiques jouer les pleureuses à tout bout de champ. Elle pourrait s’interroger aussi sur l’ambiguïté du discours de membres de sa hiérarchie qui, un jour vont dans le sens des médias, et s’étonnent le lendemain des attaques contre le pape. Un peu de cohérence ne ferait pas de mal ! Il faut dire que les catholiques français n’ont toujours pas pris conscience de la tragédie que représente leur alignement systématique sur la bourgeoisie, hier autoritaire et de droite, aujourd’hui de gauche et bien-pensante, et quoi qu’il en soit, toujours favorable au libéralisme économique. Le piège le plus « cathophobe » qui existe se trouve peut-être dans ce « tout marchand » qui relativise au plus haut point le Dieu des chrétiens. Ce n’est plus : Dieu combien de divisions, mais combien de dollars ? Cash !   

Romain Bénédicte

 

10:13 Publié dans le Choc le mensuel | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |

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