05 avril 2010
Le vin idéal est souvent affaire de circonstance
C’est un Riesling de supermarché bu au gobelet avec une douzaine d’huîtres, sur une plage de la mer du Nord, avant de demander une jolie blonde en mariage. C’est un Volnay 1er cru 1989, à la robe foncée, aux parfums d’automne, qui, répliquant à un médaillon de biche aux girolles, fait plaisir à maman, inquiète de me voir noircir du papier pour payer mon loyer. Le vin idéal, c’est aussi une bonne surprise, comme les champagnes de Crimée. En Géorgie, c’est un rouge, comme le Saperavi, bu à flanc de montagne, offert par des paysans qui le conservent dans des amphores enfouies sous terre. De retour à Paname, le parfait jus de treille coule de tous les flacons « offerts par le patron » à la suite des conférences de rédaction du Choc du mois. Et certains soirs, après avoir fait feu de tout ce qui se boit, c’est au Godet inconnu que je rends un hommage ému, merveilleux symbole de l’armée des petits, des sans rades, des ballons lampés en deux coups les gros, ceux dont on ne se souvient plus, en s’éveillant, le matin, dans des endroits qu’on ne reconnaît pas. De ces gueules de bois, lorsque la bordée a viré au naufrage, qu’une langue pâteuse nous empêche de maudire la cuite, saint Vincent nous savonne pour mieux nous rappeler, une fois absous les péchés capiteux, que vins de pays ou grands crus – pas trafiqués, si possible – n’atteignent au divin que dégustés sous ses délicats auspices, lorsque le saint Patron de la Dive Bouteille nous donne la grâce de tranquillement faire papillonner la grammaire entre copains.
Patrick Cousteau
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