30 avril 2010

N°37 Editorial

Si Zemmour n’existait pas, il faudrait l’inventer


Il y a 2 500 ans, Diogène cherchait un homme sur les places d’Athènes avec une lanterne, en plein soleil de midi, car le philosophe hirsute était un provocateur. Nous, on cherche un brave dans les médias. On n’a trouvé que Zemmour. On ne va pas le lâcher comme ça. L’espèce est rare, très rare, tant prévaut de nos jours ce « déclin du courage » diagnostiqué par Soljénitsyne dans son célèbre discours de Harvard, « peut-être le trait le plus saillant de l’Ouest aujourd’hui ». C’était en 1978. Les choses se sont depuis aggravées.

Il y a comme une sorte de fatalité des sociétés d’abondance et de confort. Elles produisent de tout en excédent, sauf de la bravoure, mère de toutes les vertus. C’est le paradoxe des démocraties. Quand plus personne ne risque rien, plus personne ne prend de risques. L’autocensure remplace alors beaucoup plus efficacement la censure. C’est notre morne quotidien, mélange de lâchetés dérisoires et de peurs minuscules, de pleutrerie et de médiocrité, qui dessine le ciel à plafond bas qui est le nôtre. L’aurea mediocritas des démocraties. Surtout chez les journalistes et les intellectuels.
Le corps social, lui, semble encore avoir de saines réactions, du moins lui arrive-t-il de faire preuve à l’occasion de ce courage physique dont Schopenhauer disait, dans son inimitable mépris, que c’est « une vertu de sous-lieutenant », mais une vertu tout de même, cher Arthur. Quant au courage civique, néant. A la télé plus qu’ailleurs. De nos jours, il serait même plus difficile à un homme courageux d’entrer au royaume des médias qu’à un chameau de passer par le chas d’une aiguille.
Ainsi va la Société du Spectacle, pareille en cela au poisson, pourrissant d’abord par la tête. Laquelle doit être molle, vide et tremblante. Alors, vous serez invité à la télévision. C’est le « Sésame, ouvre-toi ! » d’un système pour le reste parfaitement verrouillé. Mais tout système, fût-il parfait, connaît des couacs. Le dernier en date s’appelle Zemmour. On a laissé entrer le loup dans la bergerie, un loup tout pacifique, ma foi, mais qui sème une panique monstre parmi les moutons de Panurge. A lui seul, il justifie la redevance télévisuelle. On en a pour notre argent. Si on n’est pas encore complètement couché, c’est grâce à lui (et à Naulleau). C’est l’oxygène de la télé. Sans lui, l’air y serait irrespirable. Il fait sauter un à un les verrous du politiquement correct. Il les dynamite avec son franc-parler, rehaussé d’un sourire qui change tout.
Don Zemmour de la Vega. Il n’y en a qu’un. Les Français en ont fait leur champion, constituant dorénavant sa garde rapprochée et le plébiscitant partout, à la télé et dans les librairies. Car Zemmour a encore aggravé son cas avec Mélancolie française (Fayard-Denoël), une petite bombe, surtout en son dernier chapitre. On n’est plus accoutumé à lire de telles choses sur la France.
Il en parle sur le ton où Michelet, Péguy, Bernanos, Braudel en parlaient. Et Maurras, plus que Bainville, comme le rappelle Joël Prieur dans Monde et Vie. Pas sûr d’ailleurs que Bainville se soit reconnu dans cette France impériale.
Zemmour raconte la défaite d’une bataille qui n’a pas eu lieu : celle d’une France, plus carolingienne que capétienne, poursuivant l’œuvre de Rome contre des Carthaginois réfugiés outre-Manche. Mais qu’importe, Mélancolie française est un hymne à notre pays, moins mélancolique finalement que la gravure de Dürer. C’est écrit à la hussarde, comme Les Trois mousquetaires, mais c’est pour célébrer Richelieu.
De quoi faire enrager les tontons macoutes de l’antiracisme qui ont de la liberté plein la bouche, mais poussent des glapissements indignés lorsque l’on vient à en faire usage. Avez-vous remarqué comment ces ayatollahs traitent notre homme ? A la façon dont les bourgeois de Maupassant traitaient les filles de petite vertu au XIXe siècle. Rien n’a changé. Quand un bobo, le pharisien de notre temps, rencontre Zemmour, il change de trottoir. Au besoin, il appelle la police de la pensée. Il n’est pas nécessaire d’avoir lu Maupassant pour savoir cela.

11:00 Publié dans le Choc le mensuel | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note |

Commentaires

Merci !

Écrit par : Ariane REY | 02 mai 2010

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Bravo. J'ai retrouvé un interview télévisé de Zemmour où la journaliste lui reproche d'avoir remarqué que l'une de ses interlocutrices était noire. Il parait que c'est une offense au politiquement correct, qu'on ne doit plus remarquer les différences de couleur de cheveux, de races humaines ou animales, de variétés végétales, de sexe, et... bientôt d'espèce ?
Où s'arrêtera l'ignardise de la Gauche inhumaine?

Écrit par : BOHL | 04 mai 2010

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