30 avril 2010
Entretien avec le professeur Dominique Belpomme
Garçon, un cancer !
Le Choc du mois : Ce qui vous frappe le plus en tant que cancérologue, c’est que le cancer est une maladie créée par l’homme ? 70 000 personnes en mouraient après la Seconde Guerre mondiale. Combien aujourd’hui ?
Professeur Dominique Belpomme : 150 000, plus du double.
Et combien sont-ils à développer un cancer aujourd’hui ?
Avant le premier plan cancer (2003-2007), on comptait chaque année environ 280 000 personnes atteintes de la maladie. Après (soit en 2009), 350 000. C’est la raison pour laquelle je pense qu’en terme de santé publique, le premier plan cancer est au mieux un demi-échec et que le second plan risque de se solder par un constat du même ordre si la prévention environnementale n’est pas prise en compte. Versant positif, on a pris conscience qu’il y avait un fléau, le cancer, et confirmé la réorganisation des soins et la lutte contre le tabagisme, tout en créant l’INCa, l’Institut national du cancer. Pour autant, les résultats sont loin d’être à la hauteur des espérances. On a aujourd’hui annuellement 350 000 nouveaux cancers. C’est une croissance quasi-exponentielle du nombre de cas. Quant à la mortalité, elle est pratiquement stable : elle a diminué de moins de 10 % pour les hommes et n’a pas bougé pour les femmes, en taux standardisé (qui gomme l’effet de l’âge). Avant le premier plan, en valeur absolue, on était à environ 145 000 morts, aujourd’hui à 150 000. Ce qui signifie certes que le pourcentage de guérison a augmenté. Mais peut-on se contenter de cela ? Que fait-on des 45 % de malades qu’on ne parvient toujours pas à guérir ? Vous voyez qu’il y a une situation contrastée et que les méthodes de prévention actuelle sont insuffisantes pour enrayer le fléau. Nombreux sont ceux qui, au sein de la communauté médico-scientifique internationale, m’ont rejoint, en prenant conscience que le cancer est une maladie de l’environnement. Ne pas réduire à la source la pollution, qu’elle soit physique, chimique ou biologique, c’est courir après la maladie et s’exposer à voir un plus grand nombre de nos concitoyens développer un cancer.
C’est tout le problème, on traite les conséquences, pas les causes…
C’est le sens du combat que je mène aujourd’hui au sein de l’ARTAC. En termes de santé publique, c’est aux causes qu’il faut s’attaquer, pas seulement aux effets. Or, il y a là un énorme divorce entre ce que nous disent certaines institutions médicales, certains hommes politiques, les lobbies industriels d’une part, et ce qu’avancent les scientifiques d’autre part, en particulier mes collègues cancérologues à l’étranger, qui voient bien qu’on ne peut plus faire l’impasse sur l’origine environnementale de très nombreux cas et que le cancer est en réalité une maladie de civilisation.
Quelles sont ces causes ?
Pour qu’un cancer apparaisse, il faut que des agents mutagènes déstructurent, au plan chimique, dans une même cellule trois à six de nos vingt-cinq mille gènes qui, situés dans l’ADN, l’acide désoxyribonucléique, de chacune de nos cellules, en contrôlent la naissance, la vie et la mort. Ces trois à six gènes déstructurés sont ce qu’on appelle des mutations. Les seuls agents qui peuvent créer ces mutations sont des radiations, ionisantes ou non, des substances chimiques CMR (cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques) et certains virus ou microbes cancérigènes. Or, lorsqu’on analyse les facteurs avancés classiquement pour expliquer l’apparition des cancers, à l’exception du tabagisme, aucun d’entre eux (alcoolisme, alimentation, surpoids, obésité, stress, sédentarité, etc.) n’est en lui-même à l’origine des mutations. En effet, seul le tabagisme peut être considéré au plan toxicologique un facteur favorisant l’apparition de mutations cancérigènes, en raison de la présence dans les goudrons et la fumée d’agents cancérigènes, mutagènes résultant de la combustion du tabac. L’alcool n’est pas cancérigène, c’est un cocarcinogène : il peut favoriser l’apparition de certains cancers, mais en synergie avec d’autres agents cancérigènes, mutagènes. De même concernant les déséquilibres de régime alimentaire, ceux-ci peuvent favoriser l’apparition d’un cancer, mais à la condition d’être couplés à des agents mutagènes. Il en est de même de la sédentarité, du stress et de l’obésité. Comment voulez-vous qu’un surcroît de tissu graisseux favorise à lui seul le cancer ? C’est impossible. C’est ce qui nous a fait découvrir que, s’il y a aujourd’hui un cancer sur quatre qui est lié au tabagisme, les trois autres, non liés au tabagisme, sont nécessairement causés par des agents mutagènes cancérigènes présents dans l’environnement. Car si les facteurs classiques que sont la malbouffe, le surpoids, l’obésité, l’alcoolisme, etc., ne peuvent pas créer par eux-mêmes des mutations et puisqu’il ne peut y avoir des cancers sans mutation, il faut bien qu’il y ait des agents mutagènes ailleurs et cet ailleurs ne peut être que l’environnement.
Dont l’alimentation ?
Il faut bien distinguer les facteurs liés au mode de vie tels que la malbouffe, les déséquilibres alimentaires, par exemple quand on mange trop de graisses animales et pas assez de fruits et légumes – c’est là un facteur favorisant, mais pas directement causal – de la contamination alimentaire par des résidus chimiques ou des additifs alimentaires. Quand on a cette distinction en tête, on peut comprendre les effets sanitaires néfastes de l’agriculture intensive et de l’industrie agroalimentaire qui toutes deux recourent à des substances chimiques. Ce sont de tels résidus, notamment de pesticides ou encore des additifs, tels que les colorants ou conservateurs, qui ingurgités, à petites doses, en dessous des normes en vigueur, forment le cadre d’une toxicité chronique. Ce n’est pas la dose qui fait le poison, mais la répétition des doses, autrement dit la durée d’exposition. Ceci est essentiel. Si les normes réglementaires nous protègent contre la toxicité aiguë, elles ne nous protègent pas contre la toxicité chronique, et c’est celle-ci même qui est à l’origine des cancers.
Les cancérigènes proprement dit…
Selon les estimations que nous avons faites, un cancer sur deux serait d’origine chimique, lié aux contaminants et additifs alimentaires ou à la pollution atmosphérique. Les contaminants alimentaires relèvent essentiellement de l’agriculture intensive, qui utilise des pesticides et nitrates. L’effet cancérigène de très nombreux pesticides est amplement démontré. Le problème est très sérieux, car ces produits sont pour la plupart faiblement biodégradables, c’est-à-dire qu’ils persistent très longtemps dans l’environnement. Les nitrates ne sont pas quant à eux directement cancérigènes, mais ils le deviennent en raison de leur transformation en nitrites par les bactéries de notre gros intestin.
Quant aux additifs alimentaires, l’affaire est ici tout autant sérieuse, car l’industrie agroalimentaire les ajoute aux aliments et boissons, afin de les conserver et les rendre plus attrayants dans un but purement commercial. Pour que le consommateur achète de tels produits, ceux-ci doivent posséder des propriétés organoleptiques, autrement dit être appétissants. D’où l’ajout de colorants qui jouent sur les apparences, de modificateurs de goût qui rehaussent les arômes et de conservateurs qui les rendent toujours présentables malgré de longs cycles de distribution. La réglementation actuelle est insuffisante. On tolère encore sur le marché des colorants azoïques et des conservateurs nitrités hautement mutagènes, alors qu’on a la preuve de leur effet cancérigène. Ceci est inacceptable.
C’est toute la chaîne alimentaire qui est polluée ?
Oui, c’est toute la chaîne alimentaire, flore et faune comprises, autrement dit de l’agriculture et de l’élevage aux supermarchés, en passant par l’industrie agroalimentaire.
Que penser de l’effondrement de la valeur nutritionnelle des produits ?
C’est un problème difficile. L’une des maladies actuellement dominantes de l’hémisphère nord est l’obésité, alors que celle de l’hémisphère sud est la famine. Plus d’un milliard d’habitants ne mangent pas à leur faim sur cette planète ! Dans nos pays riches, on n’a donc pas forcément intérêt à mettre sur le marché des aliments riches en calories. On mange trop de viande et insuffisamment de fruits et légumes. Au plan économique, la viande est un produit de luxe : les protéines de viande animale coûtent beaucoup plus chers que les protéines végétales. Il est donc évident que l’on a intérêt à manger plus de légumes, sans pour autant renoncer à la viande, qui est indispensable à l’homme. Le problème, c’est que les fruits et légumes sont aujourd’hui contaminés. Dans la valeur nutritive ou nutritionnelle des aliments, il faut aussi prendre en compte l’équilibre entre glucides, lipides et protéines. Or, que constate-t-on aujourd’hui ? L’alimentation se fait au détriment des protéines, plus chères à fabriquer (qu’elles soient d’origine végétale ou animale). A l’inverse des sucres et des graisses, qui coûtent moins cher et donc qu’on retrouve en plus grande quantité dans notre alimentation.
Venons-en à toutes les maladies associées à la malbouffe, à commencer par l’obésité ?
La malbouffe intervient en tant que facteur favorisant, mais pas en tant que facteur initiateur du cancer. Cela est aussi le cas de l’obésité et même du diabète de type 2. Mon collaborateur à l’ARTAC, Philippe Irigaray, a en effet démontré que la pollution chimique est une cause d’obésité. De nombreux polluants sont concernés – c’est le cas du benzo[a]pyrène, un polluant ubiquitaire qu’on trouve en particulier dans les gaz d’échappement des voitures. Celui-ci entraîne un surpoids chez les souris. Quand on prend deux groupes de souris, l’un servant de témoin, l’autre étant soumis à des injections de benzo[a]pyrène, le second groupe a un poids supérieur de 30 % à 50 % alors que les deux groupes de souris ont ingurgité une quantité égale de calories. Pourquoi ? Parce que le benzo[a]pyrène bloque la mobilisation des graisses à partir du tissu graisseux.
Comment voyez-vous l’avenir ?
Nous menons au sein de l’ARTAC un combat en faveur de la vérité scientifique. Notre société étant plongée dans un monde virtuel, nous nous efforçons de revenir au monde réel. La seule façon de venir à l’aide de nos concitoyens, c’est d’observer ce qui se passe, interpréter ce que nous observons en nous référant à la logique rationnelle des Grecs, le logos, et informer la population sur les dangers qu’elle court en raison de la pollution de notre environnement. C’est l’approche scientifique dans toute sa pureté. C’est là que je distingue le travail de l’ARTAC et celui des ONG, dont je reconnais cependant le rôle essentiel. Mon combat passe par la publication d’articles scientifiques et la coordination de collaborations internationales. C’est dans ce cadre que nous avons lancé en 2004 l’Appel de Paris contre les dangers sanitaires de la pollution chimique. Cet Appel a été signé par plusieurs milliers de personnalités scientifiques de renommée mondiale, telles en France Luc Montagnier, François Jacob et Jean Dausset, tous trois Prix Nobel de médecine. Dans le serment d’Hippocrate, le terme prévention a deux sens : d’abord prévenir pour éviter que les maladies apparaissent, mais aussi informer la population sur les risques. C’est ce qu’Hippocrate a fait dans la dernière partie de sa vie. C’est ce que, plus modestement, je tente de faire au nom du serment d’Hippocrate.
Propos recueillis par Gabriel Rivière
Pr Dominique Belpomme, Ces maladies créées par l’homme, Albin Michel, 2004 ; Guérir du cancer ou s’en protéger, Fayard, 2005 ; Avant qu’il ne soit trop tard, Fayard, 2007.
A consulter : www.artac.info/
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10:30 Publié dans le Choc le mensuel | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
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Commentaires
MErci pour votre article. Je le bookmarke !
Écrit par : Alimentation senior | 09 mars 2011
Répondre à ce commentaireMerci pour votre article détaillé !
Écrit par : Lettre de voiture | 19 septembre 2011
Répondre à ce commentaireBonjour professeur,
Je sais que les pollutions electro-magnétiques ne vous laissent pas indifférent, en effet il y a de quoi s'inquiéter.
Un mail n’est pas l’idéal pour tout expliquer. Je dispose de dispositifs qui permettent d'inverser la polarité des émissions "tueuses" et rendre ainsi ces ondes positives bonnes pour la santé. Utiliser le « mal » pour un « bien ».
Certains appareils vendus sur le marché et que j’ai pu tester, "protègent du pire " mais sont incapables de faire cette "inversion".
Cette une découverte qui pour le moment est connue de quelques personnes proches de moi.
Il ne s'agit pas ici de pub, cela dit chaque travail mérite salaire et si cela peut aider efficacement les gens et arrondir les fins de mois d'un retraité il n'y a pas de mal.
J'ai conçu des matelas de "thérapie" qui reposent sur la technologie des ondes " scalaires", des ondes qui équilibrent "l'électro" et le " magnétique". Le déséquilibre quel qu'il soit est la source de tous nos maux.
Je suis seul avec mes appareils que j'aimerai tester càd établir un protocole précis avec des médecins "ouverts" à ces nouveautés.
J'ai l'impression d'être un petit "galilé", cela fait sourire, malheureusement il n'y a pas de quoi sourire.
Evoquer des problèmes est une chose, trouver les solutions en est une autre.
Professeur peut-être êtes-vous de ceux qui osent aller au-delà des acquis car dans cinquante ans vous savez ce que deviendront les acquis d'aujourd'hui.
Mes coordonnés 04 42 05 62 93
Port 06 79 62 68 53
Cordialement,
Hubert MAUERER
543, chemin des Ragues
13250 SAINT CHAMAS
Écrit par : MAUERER Hubert | 06 avril 2012
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