01 avril 2010
Sois zen et tais-toi
Les kôans sont de brèves énigmes, apparemment absurdes, contradictoires et plus ou moins incompréhensibles (et insolubles rationnellement), qui sont destinées à plonger les adeptes de l'école zen Rinzaï dans des abîmes de perplexité, afin de susciter en eux de petits sauts de conscience qui sont autant de jalons sur la voie interminable qui les mènera (peut-être...) à l'Éveil. L'un des plus fameux kôans est celui-ci : « Si tu rencontres le Bouddha, tue-le ». Et démerde-toi avec ça... Celui-là aussi vaut son pesant de cacahouètes : « Quel était ton visage avant la naissance de tes parents ? » Allez, au boulot ! Je veux une réponse dans un quart d'heure...
Tout ça pour introduire à un petit opus, dû à un maître zen français (responsable d'un centre de méditation en Ardèche), Taïkan Jyoji, intitulé L'Art du kôan zen (Albin Michel, 2001). Un texte à l'image de l'enseignement Zen — et de la mentalité japonaise — : austère, martial et rustique, pour ne pas dire bourrin. Or donc, Taïkan Jyoji a ce propos, d'une évidence et d'une importance qui me paraissent croissantes : « Les Asiatiques ont toujours eu le souci de leur évolution personnelle. Le troisième empereur de la dynastie Ch'ing Yung Cheng était un adepte du Zen et organisait des semaines de pratique dans son palais impérial. A quand des sesshins dans des salles aménagées pour la méditation à l'Élysée ou à Matignon ? Avec un gouverment puisant son inspiration dans la pratique de la méditation, c'est tout un peuple dont l'organisation sociale se trouverait " aimantée " par la recherche spirituelle. Le peuple tibétain n'était-il pas consacré presque entièrement à la poursuite de l'Éveil ? En attendant, comment aider les autres, maintenant et où nous sommes, à opérer ces transformations ? Si on est engagé dans le Zen, la méditation est un outil de transformation de sa conscience. Alors, que ceux qui sont engagés dans la méditation zen se donnent à fond dans cette méditation, car transformer sa propre conscience contribue à l'élargissement de la conscience des autres. »
Et cet élargissement de conscience (à laquelle d'ailleurs Gandhi a consacré sa vie) est le seul — non pas le meilleur, mais le seul — moyen de changer le monde. Si tu veux changer le monde, change-toi toi-même. La méditation, un truc de bonnes femmes, de tarlouzes bo-bo et de lopettes New Age baba-cool et vaporeuses ? Penchez-vous sur le bouddhisme zen, vous verrez si c'est pour les fiottes...
Alex
19:07 Publié dans l'Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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