01 avril 2010

Plus que d’éducation, le vin est affaire de civilisation

J’en pris conscience un beau jour, alors que, tout gamin encore, je m’apprêtais à avaler quelque morceau de fromage. D’un geste, mon père interrompit le geste sacrilège : comment ! allais-je me commettre en quelque mouvement digne d’un primitif ! Je vis alors la main de mon père se tendre vers la bouteille de vin. De quel vin ? Qu’importe ! C’était pour moi, depuis toujours, un objet d’importance, précieux, qui trônait à proximité du verre paternel, et sur lequel je jetais, de loin en loin, un regard non d’avidité, mais bien de respect. Ce jour-là, il m’en souvient, la bouteille contenait quelque nectar rubis, dont je vis soudain quelques gouttes emplir mon verre. Point de discours d’ailleurs, mais une simple leçon – et la suite n’a pas besoin d’être racontée, mais continuée. Car le vin est tout à la fois élément de la vie quotidienne et expression du sacré – jusqu’aux abords des mystères divins. De cet aspect, il est plus difficile de parler, et on ne l’approche qu’avec respect. Mais, au quotidien aussi, le vin transcende la grisaille des jours difficiles. C’est Baudelaire, me semble-t-il, qui prêchait en faveur de l’ivresse. Qu’elle fût de poésie, de vertu ou de vin. De ce dernier, on le voit, l’ivresse n’a rien à voir avec l’ivrognerie. Elle oscille, avec difficulté parfois, entre vertu et poésie. Comme au premier jour, elle est un don…

Olivier Figueras

09:02 Publié dans Fous de vin | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |

Écrire un commentaire