16 mars 2010

Le Pessac-Léognan a éclipsé mon cidre d’antan

Normand. Cela aurait pu être le nom de mon père. L’histoire a voulu que ce soit celui de ma mère. Ma chère Normandie. Plus de vingt ans que je ne l’ai pas revue. Et voilà qu’à l’occasion d’un article sur le vin, tous mes souvenirs reviennent. Le pays de la pomme et du cidre. Ah ! le cidre. La boisson qui donne si bonne mine aux gamins habitués au crachin quotidien. La boisson des premières couleurs de l’automne. Les pommiers qu’il faut gauler. Les sacs remplis de pommes appuyés contre les troncs en attendant la venue du pileur. Le marre qui s’entasse. Le tonneau qui se remplit. La mise en bouteilles quelques mois plus tard. Les premiers bouchons qui sautent au plafond. La boisson pétillante qui s’échappe. Ma chère Normandie. Ses vaches. Ses tripes. Sa teurgoule. Et son calvados. Ah ! le calvados. Les souvenirs sont là. Il y a ce vieil instrument qui suscitait ma curiosité d’enfant. Je n’ai rien oublié. Le regard inquiet du paysan qui trafiquait je ne sais quoi au fond de sa grange. Cette drôle d’odeur qui se répandait dans toute la vallée. Je n’ai su que beaucoup plus tard de quoi il s’agissait : un alambic pour fabriquer de la gnole. En toute illégalité. En violation de toutes les lois de la République. Loin du regard des bleus qui l’aurait envoyé devant le juge s’ils l’avaient attrapé. Le temps s’en est allé, me transportant loin de mes herbages et de mes fermes à colombages. Voici d’autres horizons. La vigne a remplacé la pomme. Bordeaux a chassé Saint-Germain-de-Livet. Le Médoc a effacé le pays d’Auge. Le Pessac-Léognan a éclipsé mon cidre d’antan. Autres saveurs. Autres couleurs. Pomme et raisin. Cidre bouché et vin rouge. Tout a changé ? Non. Tout est resté. Le plaisir du palais. Les traditions qui se perpétuent. L’amour du terroir. La défense d’une identité. Viticulteurs du Bordelais, le Normand vous salue bien !

Thierry Normand

09:06 Publié dans Fous de vin | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |

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