11 mars 2010

Désobéissance

« Il est douloureux de penser que l’autorité s’est affaiblie chez nous à ce point que le premier venu ait le droit de tout profaner impunément. » Ce constat amer est signé Léon Bloy (dans ses Nouveaux propos d’un entrepreneur de démolitions). Autant dire que ce n’est pas nouveau…
Le dépérissement de l’autorité, de l’ordre, de l’État, est une vieille rengaine droitarde qui prolonge le couplet mille fois rebattu de la décadence. Le problème de ce couplet, c’est qu’il s’accompagne souvent, chez les mêmes droitards, d’un tropisme libéral prononcé.

Contradiction : depuis la Révolution française (mais le phénomène avait commencé bien avant, dès la fin du Moyen Âge), le politique et l’État se font bouffer tout crus par l’économie et le marché. En 1980, Alain de Benoist pouvait déjà faire ce constat, en réprimant l’idée (tout aussi banale mais gauchiste, cette fois) selon laquelle l’État ne fait que croître et s’enfler : « Si la politique " envahit tout ", c’est bien plutôt parce que l’État en constitue de moins en moins l’instance privilégiée, qu’il tend de plus en plus à n’être qu’un centre de services ou de gestion ordonné à des impératifs purement économiques. » (« L’État est-il si méchant que ça ? », Au Temps des Idéologies « à la mode », AAAB, 2010.) Et ça date de plus de trente ans… Depuis, la liquéfaction de l’État et du politique n’a fait que s’accentuer — et Alain de Benoist en remit d’ailleurs une couche à ce sujet avec le numéro 124 d’Éléments, en 2007, consacré à la « gouvernance », ce concept anglo-saxon foireux qui consiste à transformer la politique en épicerie. Alors oui, plus que jamais, l’autorité s’est affaiblie à un point tel qu’il faut plus que jamais, et de toute urgence, devenir soi-même sa propre autorité : l’autorité extérieure, politique, juridique, légale, tout ce qu’on veut, n’a jamais été aussi illégitime qu’aujourd’hui. C’est d’ailleurs cette absence totale de légitimité que stigmatise (et qui explique à la fois) le phénomène de la désobéissance civile (totalement inconnu à droite, ce qui est dommage), qui donne une bonne idée des contours et des contenus que pourrait prendre le politique au XXIe siècle. Il y a là des idées à saisir. Nous en reparlerons.

Alex

15:06 Publié dans l'Air du temps | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |

Commentaires

J'ai lu votre article avec attention et ne suis pas tout à fait d'accord avec ce qui me semble en être vos conclusions. En effet, celles-ci se rapprochent, selon moi, de l'idée de Léon Bloy citée ci-précédemment. Seulement, si nous regardons le passé avec attention, il est aisé de remarquer qu'aujourd'hui, la société s'assimile bien plus au mouton que dans les années 60. La désobéissance est fort minoritaire dans ce système où l'on prône l'individualisme et ... l'ordre ! Chacun à sa place, ne surtout pas sortir du groupe, ne pas se faire remarquer et se cacher derrière un mur. Ce mur, c'est le monde superficiel qui nous entoure, où les marques nous permettent de vivre à travers elles et de ne plus avoir de personnalité, de ne plus devoir penser par soi-même. Ainsi, les dirigeants nous gavent et assurent leur pouvoir... De nos jours, l'Autorité est bien trop présente, mais extrêmement bien déguisée, pour que les masses ne la craignent pas et la suivent docilement. Il suffit de voir l'augmentation de la surveillance individuelle... mais des exemples bien différents ne manquent pas !

Non, je crains que la désobéissance civique n'est pas un phénomène particulièrement important à l'aube de cette nouvelle décennie...
N'hésitez pas à faire un tour sur mon blog qui traite justement de ces sujets ! Vos commentaires seront les bienvenus afin de discuter et modérer certaines idées.

Écrit par : Bulles de Jeune | 14 mars 2010

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